Classes bilangues & réforme du collège : une délégation mayennaise au Sénat !

Le 11 février 2016, Elisabeth Doineau a invité au Sénat une délégation mayennaise[1] défendant le maintien des classes bilangues. Objectif du rendez-vous : rencontrer la présidente de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication, Catherine Morin-Desailly pour l’alerter de la répercussion de la réforme du collège sur l’apprentissage des langues et en particulier de l’allemand.

Seuls les élèves ayant choisi l’allemand dès l’école primaire pourront entrer en classe bilangue allemand-anglais en 6ème. Ce qui revient, en Mayenne, à supprimer ces classes bilangues car il n’existe pas d’apprentissage de l’allemand en primaire. Les classes européennes, vues comme élitistes, font également les frais de cette réforme. Enfin, si l’apprentissage de la seconde langue vivante commencera dès la 5ème, le taux horaire pour cette dernière se retrouvera réduit.

Ainsi, la délégation venue de Mayenne, représentant les professeurs de langue, les étudiants, les comités de jumelage, les parents d’élèves, le monde de l’entreprise et le secteur associatif franco-allemand, a pu démontrer à la présidente de la commission de l’Education du Sénat l’importance de maintenir les classes bilangues.

M. Rogue, pour les comités de jumelage, s’est ému de l’incompréhension grandissante outre-Rhin face à cette réforme. Il craint que les échanges linguistiques ne soient plus dans l’esprit du traité de l’Elysée et qu’à terme, les relations franco-allemandes se fragilisent. 

Pour Mme Loubet et Mme Rouland-Kobel, cette réforme va creuser l’écart entre les jeunes français et les jeunes européens au regard de la pratique des langues étrangères alors que le niveau actuel n’est déjà pas bon. Mme Loubet a pris l’exemple de travaux en équipe d’étudiants étrangers et français. Ces derniers avaient plus de difficulté à comprendre les discussions et à se faire comprendre. La suppression des classes bilangues aggravera ce constat.

M. Langer a pu témoigner de l’importance de maîtriser une seconde langue étrangère pour s’ouvrir des portes en termes d’études ainsi que de carrière professionnelle. Les entreprises sont à la recherche de profils à l’aise avec une seconde langue étrangère et notamment l’allemand. Des postes restent non pourvus faute de profil intéressant. L’allemand est une opportunité pour les jeunes français cherchant à s’insérer sur le marché du travail. Mme Rebaï a abondé dans son sens.

Malgré le rétropédalage du gouvernement sur la question des classes bilangues, Mme Lefebvre estime que le problème n’est certainement pas réglé. Si à Paris, 100% des classes bilangues seront maintenus, dans l’académie de Caen, seules 5% survivront, et cela selon « le bon vouloir du recteur ». En cherchant à supprimer des dispositifs vus comme élitistes car représentant 16% des élèves, le Gouvernement crée une nouvelle inégalité : une inégalité territoriale.

Face à ce constat, Mme Morin-Desailly a proposé plusieurs pistes pour tenter d’influer sur la ministre et ainsi modifier la réforme :

  • Elle estime qu’il est nécessaire de sensibiliser plus encore les parlementaires sur l’impact de la réforme du collège.
  • Elle a indiqué avoir déposé une question écrite sur le sujet dernièrement, elle invite ses collègues parlementaires à en faire de même.
  • La délégation mayennaise défendait les classes bilangues allemand, Mme la présidente l’a invité à se rapprocher de leurs homologues anglicistes et espagnols pour élargir le mouvement et donc sa portée. Selon Mme Lefebvre, ces derniers sont encore très peu mobilisés car ils ne se sentent pas concernés par la diminution des taux horaires.
  • Plus largement, Mme Morin-Desailly a invité la délégation à essayer de structurer une mobilisation à l’échelon national, à échanger avec les autres régions pour gagner en poids et faire bouger l’opinion publique.
  • Après le passage du projet de loi Création, architecture et patrimoine, elle souhaite lancer une réflexion (probablement sous forme de table-ronde) au Sénat pour démontrer sa mobilisation et adopter une position forte sur le sujet.

 

  • [1] Mme Susan LOUBET, directrice des Relations Internationales et de l’Enseignement des Langues pour le Groupe ESIEA Paris-Laval (école d’ingénieurs du numérique) depuis 2008 et parent d’une jeune fille suivant le cursus AbiBac (représentant l’enseignement supérieur et les parents d’élèves)
  • Mme Gisela LEFEVBRE, présidente régionale Pays de la Loire de l’ADEAF (Association pour le développement de l’enseignement de l’allemand en France) et professeur d’allemand en collège en Vendée (représentant l’association ADEAF et l’enseignement secondaire)
  • Mlle Lucie REBAI, jeune ambassadrice de l’OFAJ (Office franco-allemand pour la Jeunesse), étudiante en droit, parcours franco-allemand, à Paris I (représentant les élèves et étudiants, ainsi que les jeunes générations)
  • Bruno LANGER, vice-président et directeur général de MANN+HUMMEL France et parent d’un collégien (3e) en classe bilangue  (représentant l’industrie et le monde économique)
  • Xavier ROGUE, président du comité de jumelage franco-allemand de Saint-Berthevin (53) avec Diedorf (Souabe) (représentant la société civile et les échanges interculturels)
  • MmeValérie ROULAND-KOBEL, professeur d’allemand en collège et lycée, parent d’un étudiant en parcours franco-allemand en droit à l’université Rennes I et d’une collégienne (5e) en classe bilangue (représentant l’enseignement secondaire et les parents d’élèves)